Je reproduis ci-dessous le contenu d'une opinion parue dans Le Monde du 15 mai 2008 sous la signature de M. Patrick Roger, alors que le Nouveau Centre vient d'élire son roitelet.
Dans cette analyse, deux points retiennent particulièrement mon attention :
1) le Nouveau Centre est une "construction artificielle et sans avenir", de l'aveu même des stratèges élyséens qui sont à l'origine de sa fabrication.
2) "la percée de M. Bayrou à l'élection présidentielle et le mouvement qu'il a suscité [ne] sont qu'une des manifestations [des] tendances de fond qui ont commencé à se manifester, en France, mais également à l'échelle européenne, préfigurant un déplacement des lignes politiques. Un cycle se clôt : la décomposition des blocs actuels n'est pas encore achevée, tandis que la reconstruction ne fait que commencer".
Je me réjouis une fois de plus de faire partie du Mouvement Démocrate, une force politique rénovée qui se place, par les attentes et les attaques qu'elle suscite, au coeur du remue-ménage politique européen que nous annonce M. Roger.
Bref, amis du Mouvement Démocrate, l'avenir est devant nous.
Voici le texte de l'article de M. Patrick Roger."Le Nouveau Centre, créé après l'élection présidentielle de 2007 par les députés de l'UDF ayant lâché François Bayrou pour rallier Nicolas Sarkozy, tient son congrès de fondation, vendredi 16 et samedi 17 mai, à Nîmes. Un Nouveau Centre, pour quoi faire ? A cet égard, la note confidentielle de l'Elysée, publiée dans Le Monde du 11 avril, détaillant la stratégie visant à affaiblir M. Bayrou, qualifié par M. Sarkozy, le 6 mai, de "conseiller municipal de Pau", a plus d'un mérite. Elle témoigne de l'attention sans relâche que prête M. Sarkozy à son ancien rival. Le président de la République s'implique lui-même dans l'animation des multiples succursales de la majorité : il reçoit, consulte, préside, promeut... Bref, il s'active pour un enjeu de taille : empêcher M. Bayrou de "se refaire"...
Le deuxième intérêt de cette note est d'expliciter le plan de bataille en direction du président du Mouvement démocrate (MoDem) : après l'avoir dépouillé, le neutraliser. Pour éviter l'émergence d'une force politique revendiquant son indépendance, M. Sarkozy s'est efforcé d'appâter des personnalités et des élus venus des rangs de l'opposition ou de la famille centriste en permettant à chacun de constituer sa propre chapelle.
"Nicolas Sarkozy adore le centre. Il l'aime tellement qu'il préfère en avoir plusieurs", plaisante Jérôme Peyrat, un de ses conseillers politiques, chargé du suivi des élus. La stratégie mise en oeuvre porte un nom : la multiplication des centres. Les innombrables principautés dont la création a été encouragée par l'Elysée sont autant de mines placées sous les pas de M. Bayrou. Les élections législatives, puis les élections municipales et cantonales, avant les sénatoriales de septembre, ont jalonné cette offensive. Seul point commun entre ces satellites propulsés au gré de la stratégie élyséenne : leur autonomie est proche de zéro.
Pour continuer à désagréger les soutiens à François Bayrou, il faut aussi leur promettre quelque chose qui en vaille la peine. Aux uns, on a ménagé les conditions de leur réélection ; aux autres, on a promis un poste ministériel ; aux derniers, on assurera de valorisantes situations. La distribution, cependant, a ses limites. Certains s'inquiètent de la durée éphémère des fonctions ministérielles ; ils souhaiteraient bénéficier d'une clause de retour vers l'Assemblée ou le Sénat. Qu'à cela ne tienne : elle sera inscrite dans la prochaine révision constitutionnelle. Elle pourra aussi profiter aux actuels détenteurs d'un portefeuille ministériel. "Ceinture et bretelles", dit-on en langage courant...
Bien servi dans le premier gouvernement Fillon, avec trois postes ministériels (Hervé Morin, Valérie Létard, André Santini), auxquels est venu s'ajouter un quatrième strapontin lors du mini-remaniement d'après-municipales (Christian Blanc), doté d'un groupe parlementaire acquis grâce à la bienveillance de l'UMP, le Nouveau Centre n'a pas fait la preuve de sa pertinence politique. Construction artificielle et sans avenir, il n'apparaît pas susceptible de devenir un point d'ancrage crédible aux yeux des personnalités "ciblées" par l'Elysée : "Il ne recrutera pas plus", constate la note élyséenne. Les prétentions du Nouveau Centre commencent d'ailleurs à agacer dans les rangs de l'UMP.
D'où, aujourd'hui, la nécessité pour les stratèges de l'Elysée de pousser à l'émergence d'un nouveau parti que l'on tenterait de parer du label d'"UDF historique". Après avoir siphonné les élus ayant accompagné M. Bayrou jusqu'en 2007, il s'agit à présent de faire main basse sur les ressources de son mouvement. Michel Mercier, président du groupe centriste du Sénat et trésorier du MoDem après avoir été celui de l'UDF, tiendrait le rôle, dans ce cadre, du "cheval de Troie".
Pour l'Elysée, l'enjeu de ces manoeuvres ne se résume pas à l'anéantissement de l'ex-"troisième homme" de l'élection présidentielle. Après les revers subis par la majorité dans les diverses élections locales, l'exécutif s'inquiète des sénatoriales à venir et des pertes qu'elles vont entraîner. L'accélération des tentatives de regroupement au sein de la majorité présidentielle vise, comme l'explique la note, à "permettre de continuer à compter sur l'ensemble de la famille centriste pour la recherche d'une majorité au Sénat et d'une majorité au congrès".
LE PIÈGE INSTITUTIONNEL
A travers le "comité de liaison", constitué le 9 avril à l'Elysée sous son égide, M. Sarkozy entend structurer la majorité et prévenir toute tentative d'émancipation. Le groupe de travail mis en place sur les européennes de 2009 et les régionales de 2010 pour réfléchir à une modification du mode de scrutin montre que la proposition faite, "à titre individuel", par François Fillon, dans L'Express du 27 mars, ne devait rien au hasard. Une proportionnelle à un tour aurait pour effet de pousser au rassemblement lors du tour unique.
Cette note confidentielle montre aussi que, si M. Sarkozy peut s'accommoder d'une myriade de satellites qui, tous, lui sont plus ou moins inféodés, il n'apprécie guère les tentatives de fédération, ou d'agrégation, susceptibles d'échapper à sa maîtrise. Pas question de laisser Jean-Louis Borloo et le Parti radical valoisien organiser un pôle qui risquerait de devenir une force de pression dans la majorité. Aussi, après avoir tenté d'en dissuader son ministre, veut-il à présent le devancer. M. Sarkozy aime la concurrence, mais sous contrôle. Aussi bien l'idée qu'il puisse y avoir une force alliée mais "différente" au sein de la majorité rencontre-t-elle une forte hostilité dans son entourage.
Mais les dernières consultations électorales ont douché l'euphorie de l'après-présidentielle. Les ralliements à la majorité parés du label d'"ouverture" ne se sont pas traduits par un élargissement de sa surface électorale. Le piège institutionnel a fonctionné, entre le second tour de la présidentielle et les législatives, puis aux municipales, pour "corneriser" M. Bayrou, selon l'expression d'un conseiller du chef de l'Etat. Il n'est pas sûr que le tripatouillage des prochains modes de scrutin suffise à endiguer les tendances de fond qui ont commencé à se manifester, en France, mais également à l'échelle européenne, préfigurant un déplacement des lignes politiques. A bien des égards, la percée de M. Bayrou à l'élection présidentielle et le mouvement qu'il a suscité n'en sont qu'une des manifestations. Un cycle se clôt : la décomposition des blocs actuels n'est pas encore achevée, tandis que la reconstruction ne fait que commencer. De ce point de vue, les petits calculs des stratèges de l'Elysée apparaissent bien dérisoires."