Deux juges étasuniens ont coup sur coup confirmé que l'extradition de Manuel Antonio Noriega vers la France était légale. Actuellement hébergé par l'administration pénitentiaire des USA, l'ex dictateur panaméen encourt donc un nouveau procès en France pour avoir blanchi l'argent de la drogue en France dans les années 80. Déjà condamné une première fois en 1999 par les tribunaux français à 10 ans de prison, il risque de ne pas remettre les pieds dans son pays avant l'âge canonique de 82 ans. A titre de comparaison, c'est un peu ce qui aurait pu arriver au Chilien Augusto Pinochet en 1998 si le Royaume-Uni ne l'avait pas finalement laissé filer...
En se présentant devant nos tribunaux, l'ancien homme fort du Panama pourra légitimement arborer à sa boutonnière la rosette de la Légion d'Honneur, qui lui a été décernée, nous rappelle Europe 1, le 22 janvier 1987 à Paris, sur recommandation du ministre des Affaires Etrangères, Jean-Bernard Raimond, membre du gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence de François Mitterrand.
L'argumentation avancée, selon laquelle la décoration au grade Commandeur de l'ancien homme fort du Panama s'inscrirait dans le cadre habituel d'un échange "diplomatique" entre chefs d'Etat amis, ne résiste pas à l'analyse.
Primo, Noriega n'était pas chef d'Etat mais seulement chef des Forces de Défenses panaméennes, même s'il exerçait la réalité du pouvoir par la force. Secundo, tous les hauts responsables étrangers en visite en France n'ont pas fait l'objet d'un tel honneur. Tertio, sa réputation internationale était déjà très sulfureuse en 1987. Fortement soupçonné d'avoir commandité la mort de l'opposant Hugo Spadafora en 1985, comme le rappelle Wikipédia, il était également impliqué dans des scandales de trafic d'armes et de renseignements militaires, sans compter le blanchiment de l'argent du cartel de Medellin.
Nul doute que Noriega disposait et dispose peut-être encore de solides appuis en France, comme l'indique dans son blog Alternativa Digital un des leaders de l'opposition démocratique panaméenne, Miguel Antonio Bernal. Et surtout un fabuleux magot de quelque 150 millions d'euros, selon Le Monde.
Il n'en reste pas moins vrai que le maintien de la Légion d'Honneur à ce tyran déchu pose la question des règles d'attribution de la plus haute distinction française. Est-ce un simple objet de troc ou récompense-t-elle de réelles vertus civiques ? Malgré le cynisme ambiant, on voudrait croire encore à la deuxième interprétation, ne serait-ce que par égard pour ceux qui l'ont mérité.