mercredi 30 mai 2007

Eloge de l'utopie

Nous rentrons, me semble-t-il, dans une époque où l'on veut faire prévaloir la satisfaction immédiate des intérêts particuliers sur la difficile recherche de l'intérêt général.
Je le vois en politique, lorsque le nouveau président de la République nomme aux plus hautes fonctions de l'Etat des hommes qui placent le reniement au coeur de leur projet.
Je le vois aussi en économie, quand j'entends certains jeunes actifs ou rentiers oisifs porter au pinacle les cadences horaires des salariés chinois, alors même que le parti unique les maintient sous un joug d'un autre âge.
Je le vois enfin dans le domaine social, chaque fois que mon regard glisse sans s'attarder sur la silhouette d'un clochard allongé sur le trottoir, ivre ou malade, mort déjà peut-être.

Face à cette dérégulation rampante des esprits, contre ce qu'il faut bien appeler un dérèglement moral, au sens où l'on parle de dérèglement climatique, un seule réponse s'impose : l'utopie. L'utopie tous azimuts, l'utopie affirmée contre vents et marées, l'utopie envers et contre tout.

L'Utopie : pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux (Le Petit Robert).

L'utopie républicaine nous aidera à rester lucides face aux mirages économiques auxquels on nous demandera de croire, à l'instar de ces faux villages aux façades prospères mis en place sur le passage du carrosse de Catherine II de Russie par son amant Grigori Potemkine.

L'utopie européenne nous rappellera que le désir de paix a refleuri il y a un demi-siècle exactement, entre la France et l'Allemagne en ruine, et qu'il est de notre devoir d'entretenir sa flamme dans un monde éternellement en proie à des élans d'autodestruction.

L'utopie des droits de l'homme, enfin, nous imposera l'obligation de batailler pour que l'on se penche avec la même considération sur les difficultés et les espoirs de chaque membre de la famille humaine, quelles que soient sa langue, sa fortune, sa foi ou sa couleur de peau.

L'utopie est un pays imaginaire, certes, et doit le rester, de même que l'horizon recule au fur et à mesure que nous avançons. Mais le vrai bonheur promis de l'utopie, ce n'est pas d'atteindre un but somme toute différent pour chacun d'entre nous, mais d'avancer ensemble et d'y croire.


J'ai écrit ce texte après avoir vu la plupart des ex-députés UDF renoncer à avancer sur le difficile chemin de l'utopie, pour s'en retourner sur leurs pas et trahir les leurs. Comme le dit le poète espagnol Antonio Machado, mort à Collioure en fuyant le franquisme :

"Il n'y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant.
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler."











dimanche 13 mai 2007

Y a-t-il un pilote dans l'avion ?

Un jeune militant UMP se réjouit devant moi du succès de son écurie mais reconnaît que la personnalité de son champion ne lui correspond guère. "Quand on monte dans un avion, explique-t-il, on ne demande pas au commandant de bord d'être sympathique, mais de nous mener à bon port".
La métaphore est révélatrice, à mes yeux, d'une conception consumériste de la politique. En établissant une analogie entre le billet d'avion et le bulletin de vote, on assimile la fonction présidentielle à celle d'un prestataire de services chargé d'exécuter une mission contractuelle clairement définie. En prenant l'avion, je suis effectivement certain d'atterrir, sauf incident majeur, là où je voulais aller, généralement dans les délais impartis.
Elire le chef de l'Etat est une autre affaire. Voter pour un candidat, c'est lui signer un chèque en blanc, sur la base de promesses électorales qui n'engagent, pour reprendre une formule célèbre du président sortant, que ceux qui y croient. C'est un geste de confiance, qui engage l'électeur pour un lustre, soit cinq années. Pour ma part, je ne pourrai jamais accorder ma confiance, ni mon vote, à quelqu'un que je n'apprécie pas personnellement.
C'est pourquoi j'ai voté Bayrou au premier tour, et que je n'ai voté ni Royal ni Sarkozy au second tour, tant les deux candidats me paraissaient les deux faces de la même pièce qu'on me refile depuis plus de 25 ans à titre de pourboire politique.
Pour la même raison, je renonce à prendre l'avion piloté par Nicolas Sarkozy pour rallier par mes propres moyens la foule innombrable de ceux qui, venus de toutes parts, se regroupent autour de François Bayrou pour offrir un projet d'union nationale. J'adhère donc avec enthousiasme au Mouvement Démocrate.

mardi 8 mai 2007

"La nuit n'est jamais complète..." (Paul Eluard)

Au soir du premier tour, l'hiver politique bipolaire est revenu.

Au soir du second tour, le spectacle de l'immoralité triomphante m'a glacé.

Aujourd'hui, la lâcheté politique éclaircit les rangs parmi ceux qui, élus, devaient donner l'exemple du courage.

A M. Bayrou, et à vous tous qui comme moi croyez encore en un monde meilleur, je dédie ce poème de Paul Eluard, qui exprime à la fois le chagrin d'aujourd'hui et l'espoir de demain :

La nuit n'est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard.

jeudi 3 mai 2007

Après le retour de compère et commère, je révise mon jugement...

Le débat d'hier soir entre Royal et Sarkozy a célébré le retour du sempiternel dialogue de sourds. Après la période jubilatoire où François Bayrou ouvrait une nouvelle façon de faire de la politique, après avoir goûté aux joies d'un dialogue apaisé Royal-Bayrou, voici que revient l'hiver politique du face à face stérile d'un bloc contre un autre.

Peu importait ce que disait l'autre, hier soir l'important était de le contrer, de l'interrompre, de le coincer. Au risque de renchérir soi-même dans l'erreur et d'égarer le citoyen téléspectateur. C'est ainsi que nos débatteurs n'ont su ni l'un ni l'autre donner les chiffres de la part du nucléaire dans la consommation d'électricité en France, faute de prendre le temps nécessaire pour s'accorder sur ce dont il parlait : stupéfiant, pour des candidats à la présidence de la France ! Eclairant, pour le citoyen, sur l'incapacité des deux candidats à dialoguer ensemble, et sur leur propension à perdre de vue l'intérêt général quand il s'agit de prendre l'avantage sur l'autre.

Je connaissais ce trait de caractère chez Sarkozy, et je n'ai pas été surpris, pas plus que je n'ai été dupe de ses appels au consensus visant à séduire l'électorat de Bayrou. En revanche, j'ai été profondément déçu par l'enthousiasme avec lequel Royal est entré dans ce jeu sectaire. Comme si le débat mené avec Bayrou n'avait été qu'un miroir aux alouettes centristes. Finalement, ils se ressemblent tous les deux, ils sont les deux faces d'une même pièce. Je dirais même, ils ont besoin l'un de l'autre, indissolublement. Voter pour l'un, c'est donc voter aussi pour l'autre. Compère et commère....

Après le printemps Bayrou, vécu comme un air de mai 68, on ne revient pas facilement dans les chemins balisés. J'ai pris à soutenir la candidature de Bayrou un plaisir que je souhaite garder intact. Je ne crois pas que le vote Bayrou soit soluble dans un vote Royal ou un vote Sarkozy.

C'est pourquoi je réfléchis à nouveau à la possibilité de voter blanc. Ce serait ma façon à moi de prolonger mon vote orange. D'entretenir intacte la flamme jusqu'aux législatives, et au-delà. Et de faire un bras d'honneur à l'ordre établi par d'autres, et dans lequel on voudrait me maintenir.

Je reste un indécrottable utopiste. A la recherche d'une société idéale qui n'existe pas.

mardi 1 mai 2007

Le bulletin Royal, l'arme ultime contre Sarkozy

A quelques jours du 2ème tour des élections présidentielles françaises de 2007, je dois choisir entre quatre possibilités :
  1. M'abstenir de voter
  2. Voter blanc (= nul)
  3. Voter Sarkozy
  4. Voter Royal
J'exclus la première possibilité car voter est un droit pour lequel on meurt partout dans le monde : voter devient donc un devoir. De plus, Le Pen ayant appelé ses électeurs à s'abstenir, je ne veux pas grossir le nombre des pêcheurs à ligne.

Après l'élimination de Bayrou, mon candidat favori, au premier tour, voter blanc m'irait comme un gant si je rejetais également l'une et l'autre des finalistes et m'en lavais les mains.

Mais il n'en va pas ainsi.

Si la personnalité de Ségolène Royal ne me convainc pas, celle de Nicolas Sarkozy me révulse.

Pour moi, cet homme est le type même de l'opportuniste bonimenteur dépourvu du sens de l'intérêt général et obsédé par la fabrication de sa propre légende. Un type dangereux capable, pour s'attirer les pulsions de l'extrême-droite, d'associer suicide des jeunes, homosexualité, pédophilie et cancer à une même prétendue fragilité génétique.

C'est l'exemple même du hâbleur qui fanfaronne mais disparaît lorsque vient le moment d'agir. Quelle réforme courageuse peut-on mettre à son crédit depuis qu'il participe au gouvernement de ces 5 dernières années ? Aucune. Mise à part peut-être l'augmentation des effectifs de la police, pour un résultat plus que décevant.

Un Tartuffe qui en public prétend s'ériger en défenseur de valeurs morales mais qu'en privé je soupçonne d'enrichissement personnel. Un homme qui veut avoir réponse à tout mais dont la vie privée rapportée par les médias témoingne, à mes yeux, d'une fragilité de caractère incompatible avec la fonction à laquelle il se destine.

Voilà les raisons pour lesquelles le vote blanc ne me paraît pas suffisant. Devant le danger, il faut se tenir les coudes malgré les désaccords.

C'est pourquoi j'utiliserai le bulletin Royal, non pas en faveur de celle-ci, mais par esprit civique, comme une arme de dernier recours contre Sarkozy.